Ponyo sur la falaise : Quand une tranche de jambon sauve le monde !

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Hey, bienvenue à tous et toutes sur le Blog en cette belle journée pour, pendant la lecture de ces quelques paragraphes, retourner en enfance grâce à une petite fille pleine de malice nommée Ponyo. Et c’est une nouvelle fois Miyazaki et le studio Ghibli qui nous entrainent non pas cette fois dans d’étranges forêts ou dans les airs accompagner un pilote d’avion à tête de cochon, mais au bord de la mer, sujet central de cet anime, une fois n’est pas coutume venant de la part du maître de l’animation japonaise.

Gake no ue no Ponyo (Ponyo sur la falaise en traduction française) est le dixième long métrage de Miyazaki et sera comme les autres un succès dans son pays natal en 2008 et une année plus tard en France. Il faut également savoir, pour mieux appréhender à quel point Ponyo est un retour aux thèmes qui ont fait par exemple les beaux jours de Mon voisin Totoro, que le prédécesseur de Ponyo, Les contes de Terremer était plutôt sombre et pessimiste (Et aussi carrément loupé dans l’adaptation des livres d’Ursula Le Guin, avis personnel qui n’engage que moi).

Conte pour enfants bien entendu, mais aussi fable moderne destinée aux adultes, le dessin animé se fait l’écho des préoccupations de Miyazaki et son besoin de raconter ce qui lui tient à cœur et nous faire partager sa vision du monde. Mais Ponyo c’est aussi une prouesse technique de la part du studio, par justement l’utilisation de peu de techniques et le retour à l’animation à l’ancienne comme Miyazaki la pratiquait à ses débuts. Peu d’informatique dans Ponyo mais comme à son habitude, le réalisateur japonais a pratiqué le repérage de lieux et l’étude des personnages principaux en s’inspirant de son environnement proche et de ses propres souvenirs. La grand-mère acariâtre de la maison de retraite est un clin d’œil très appuyé à sa propre mère (oui, oui la même avec des problèmes de santé dans Totoro) et le lieu même de l’aventure ressemble étrangement à la ville côtière où Miyazaki a vécu un temps.

Rajoutons que c’est en s’inspirant à la fois d’un livre écrit par Sôseki Natsume pour le personnage principal, Sôsuke et de la petite sirène d’Andersen pour l’histoire entre Ponyo et ce dernier, que va naitre de la plume et des crayons du maître Ponyo sur la falaise.

L’histoire commence avec ce petit garçon donc, Sôsuke, qui habite dans une maison au sommet d’une colline avec sa mère tandis que son père, capitaine de navire est en mer. Alors qu’il décide de jouer un moment en bas de la falaise il sauve une petite créature ressemblant à un poisson rouge et la nomme Ponyo. Il décide alors de la garder avec lui dans un seau. Ce que le garçon ne sait pas c’est que Ponyo est la fille d’un puissant sorcier vivant sous la mer, Fujimoto et que ce dernier n’a que haine et dégout pour l’espèce humaine. Vous voyez le rapport à la petite sirène, il va tout faire pour récupérer sa progéniture et elle bien entendu va tout faire pour rester avec son copain Sôsuke. De péripéties en péripéties, les deux enfants vont quand même réussir à vaincre les pièges tendus par Fujimoto mais aussi surmonter toutes les épreuves que Ponyo, malgré elle, déverse sur les côtes japonaises. Car pour retrouver Sôsuke et devenir humaine, elle a libéré (et ingéré) un élixir de son père qui lui donne à la fois des pouvoirs magiques mais aussi provoque des catastrophes liées à l’eau. Mais nous sommes heureusement dans un conte pour enfants et tout se terminera bien pour Sôsuke et Ponyo.

Comme d’habitude, on retrouve ici les nombreuses références aux autres films du studio. Vous l’aurez déjà noté, encore une ville côtière (comme dans Kiki la petite sorcière ou Porco Rosso), encore des histoires de rites initiatiques (la scène du tunnel rappelle forcément celle du Voyage de Chihiro) mais aussi des machines qui louchent du côté Steampunk comme le sous-marin du père de Ponyo, étrange mélange d’une machine de guerre et du Nautilus cher à Jules Verne. Mon gros coup de cœur mécanique de ce film c’est la mise à l’honneur du moteur et du bateau pop-pop. Le jouet de Sôsuke (qui plus tard servira d’embarcation aux deux enfants après avoir été agrandit par Ponyo) est en effet une invention du début du XXème siècle et bien que rudimentaire permet à l’aide d’un mécanisme de machine à vapeur de faire avancer une embarcation. Et tout cela à l’aide d’eau et d’une bougie. [J’avoue avoir dû faire quelques recherches dessus pour vous en parler, j’ignorais totalement que cette machine existait et que c’est un français Désiré Thomas Piot qui est à l’origine de ce système qui équipe encore quelques embarcations en Asie et Amérique du Sud]. Du pur Miyazaki, simple, efficace et avec peu d’empreinte écologique.

Mais c’est sans conteste un passage précis du film qui recueille tous les suffrages pour la beauté et l’intensité, à croire (et certains le suggèrent d’ailleurs) que le film a été construit uniquement autour de ce moment. Nommons-la scène du tsunami et elle fait suite à la libération de Ponyo sous la mer (alors emprisonnée par son père pour lui éviter de retourner voir Sôsuke). L’élixir absorbé par Ponyo mais aussi par les animaux aquatiques qui l’entourent provoque un raz-de-marée sans précédent qui risque de tout engloutir. Sôsuke et sa mère sont alors en voiture, tentant de regagner leur maison. C’est ainsi des dizaines de vagues en forme de poissons qui suivent Sôsuke et permettent à Ponyo de retrouver son petit copain de jeu. Cette dernière va en effet chevaucher les vagues en courant à toute vitesse dessus pour tenter de rattraper la voiture de Sôsuke, qui file, disons-le, vraiment à toute vitesse pour échapper au tsunami. Ah j’ai dit chevaucher non ? Et si je rajoute que la musique de ce moment ressemble étrangement au prélude de l’acte III d’une tétralogie de Richard Wagner bien connue, aussi nommé La chevauchée des walkyries, vous voyez pourquoi je parle d’intensité sans précédent dans un Miyazaki. D’ailleurs le prénom de naissance de Ponyo n’est pas sans rappeler cette filiation puisque son père l’appelle Brünnhilde et que à l’instar de l’ainée des walkyries, elle a aussi trahi et désobéi à son père. Cette scène magique est renforcée par la variation des plans et des changements de points de vue alternant moments graves et l’insouciance d’une petite fille courant pour retrouver son copain de jeu. Imaginer La grande vague de Kanagawa matinée d’odeurs de napalm et d’hélicoptères (copyright Apocalypse Now) dans un jardin d’enfants ! Je conclue d’ailleurs cette partie en citant le maître :

 

« Si les enfants pensent que l’on peut vraiment courir sur les vagues, alors, je serais content. »

 

Côté cuisine, soyons clair ! Miyazaki l’annonce, le monde sera sauvé par une tranche de jambon ! N’en déplaise aux fins gastronomes trois étoiles, c’est ce simple petit morceau de viande qui permet de mettre tout le monde d’accord dans Ponyo. Car comme elle dit elle-même « Ponyo aime jambon ! » Et au dessinateur japonais de nous le ressortir à toutes les sauces, dans un sandwich, avec salade et tomates, pour un repas sur le pouce dans la voiture, mais surtout dans une soupe, posé sur des nouilles déshydratées, entouré d’un œuf dur et de poireaux émincés (Miyazaki voulait des épinards mais n’arrivait pas à rendre correctement par son dessin la texture, du coup, hop, poireaux émincés). Simple et efficace. Et Ponyo aime tellement le jambon qu’elle va même offrir son sandwich à un couple en détresse (mais dans lequel il n’y aura plus de jambon puisqu’elle la déjà dévoré). Il faudra donc intégrer cet aliment pour notre repas à thème, en entrée, plat principal ou pourquoi pas en dessert ! Une glace au jambon ? On trouve aussi dans Ponyo sur la falaise d’autres inspirations, du lait au miel pour les jours de pluies et de tempête, de la glace ou encore une soupe emmenée dans un thermos lors du périple en bateau. Et pourquoi le jambon sauve-t-il le monde ? et bien une fois son repas pris, Ponyo s’endort dans la maison de Sôsuke. Et une fois endormie, tout devient plus calme et la tempête s’éloigne. De là à comprendre que c’est la folie enfantine de la gamine qui amène la potentielle destruction du monde…

Et quand on y pense de toute façon, pour un film centré sur la mer, il aurait été difficile de faire manger du poisson à ses personnages non ? On aurait été pas loin du cannibalisme puisque la fillette est elle-même à la base un petit poisson rouge. On peut aussi voir ici le désir sans cesse répéter du mangaka japonais d’affirmer qu’il faut gérer les ressources de la mer d’une autre manière. Discours d’ailleurs repris par le sorcier Fujimoto qui prévoit d’ailleurs de provoquer un nouveau déluge pour revenir à la situation pré-humaine.

Personnellement, et même si Totoro reste indétrônable dans mon esprit, la petite Ponyo prend facilement la deuxième place de mes ghibli préférés. Peut-être parce que le jambon me renvoie à l’enfance, et au-delà du cliché de la pub Herta, nous avons tous et toutes un aliment qui fait appel à des souvenirs heureux ou des moments avec des personnes que l’on apprécie. Ponyo, c’est enfantin, c’est mignon, les images à l’ancienne accentuent encore le côté vintage. Et si l’on rajoute la musique du complice habituel de Miyazaki, on ne peut qu’être emballé à l’idée de regarder (à nouveau) Ponyo sur la falaise en dégustant son plat d’enfance préféré. Et vous, lecteurs et lectrices, cet article vous a-t-il fait remonter des souvenirs de repas d’enfance, de plat préféré d’une grand-mère ou d’un grand-père ? N’hésitez pas à laisser un petit commentaire pour nous en faire part juste là dessous. Et n’oubliez pas que le jambon sauvera le monde !

 

2 Responses

  1. Marilyne

    Lorsque j’ai fait découvrir ce film à mes petits garçons, je leur ai préparé le plat de ramen de Ponyo. Ils ont beaucoup aimé, mais j’avoue que tel que s’est présenté dans le film c’est chaud à manger. La demie tranche de jambon ou le demi œuf à mâchouiller pour des petits de 2 – 4 ans c’est vraiment pas pratique. Peut-être faut-il être japonais pour manger ça avec classe sans s’en mettre partout :’)

    • Laurent

      Bonsoir Marilyne,
      En effet, j’imagine au vu de l’âge des enfants, cela risque d’être un peu tendu niveau machouille 🙂 Mais bon c’est aussi l’esprit de s’en mettre partout, surtout à cet âge et puis cela reste dans le thème de Ponyo ! En tout cas merci pour ce petit retour, cela fait toujours plaisir ! Bonne continuation geek et gastronome !

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