Starve : Quand Top Chef devient la nourriture spirituelle du monde entier !

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Alors que j’ai surtout sur ce blog l’habitude de traiter des références assez anciennes, je vous propose d’aborder aujourd’hui une œuvre plus récente nommée Starve, un comics qui va nous entraîner dans les méandres d’un futur pas si lointain où une émission de télé-réalité, plutôt de cuisine réalité, met en scène notre intérêt commun sur ce blog pour la bonne chaire d’une manière qui interroge notre relation à la fois aux médias et à la nourriture. Alors, allumons les caméras et les fourneaux, bienvenue sur le plateau de la plus grande émission de cuisine au monde, Starve !

Mais avant le plat principal, passons par une entrée des plus conventionnelles : Qui est derrière cette vision plutôt pessimiste de notre société ? Starve est une œuvre réalisée à 3 mains, le résultat du travail combiné de Brian Wood au scénario, Danijel Zezelj au dessin et Dave Stewart à la couleur. Si on les prend dans l’ordre, le premier, les fans de GTA et de Max Payne le connaissent sans le savoir en tant que ‘Graphic Designer’ chez Rockstar Games. Dans le monde du comics, hormis ses reprises de titres comme Conan ou encore Star Wars, on retiendra DMZ, sympathique série d’anticipation et donc Starve, sujet du jour.

Le deuxième dessine depuis un moment maintenant au sein des grandes maisons d’éditions comme DC Comics/Vertigo ou Marvel. Son truc personnel c’est le roman graphique et jeter un œil à son Chaperon Rouge, vous verrez qu’on peut encore innover sur un conte des plus classiques. Son encrage est un des points forts de Starve, c’est nerveux, simple mais tellement bien agencé qu’on l’oublie vite. Je vous laisse juge avec cette vignette de Starve montrant des bols de nouilles.

Enfin, Dave Stewart a mon respect éternel pour son travail sur Hellboy mais également pour avoir mis en couleurs des titres comme Lord Baltimore (rien à voir avec la cuisine mais je recommande quand même chaudement!) Il n’a d’ailleurs pas que mon respect mais celui de ses pairs au vu des nombreux Prix Eisner glanés au fil des ans. Le mélange dessin/couleur sur le titre est tellement prenant qu’il permet de rehausser encore le scénario de Wood. Pour terminer sur les informations indispensables, le titre est disponible sous deux formats : celui en parution mensuelle depuis juin 2015 (10 volumes) avec à chaque fois une couverture totalement folle reprenant les codes de l’émission et montrant le héros tel un combattant ou en intégrale, regroupant les volumes parus, chez Urban Comics dans leur collection Indies.

                                                                                   

Point de départ de l’histoire, quelque part dans notre futur, un bouge infâme en Asie du Sud-Est où l’on trouve Gavin Cruikshank, une légende de la cuisine mais qui depuis maintenant de nombreuses années a tout envoyé baladé et collé sa toque étoilée au placard. L’homme est complexe, mais on sent rapidement que cette épave humaine, toxicomane et complètement paranoïaque n’est pas là par hasard. C’est un nommé Sheldon qui vient alors le trouver pour le remettre dans le jeu et le ramener à la vie. En effet, dans une vie antérieure, Gavin a créé une émission de cuisine-réalité nommée Starve (affamé en traduction française) mettant en scène des « batailles » de chefs cuisiniers, qui rapidement devient L’ÉMISSION ultime qui chaque soir réunit des millions de téléspectateurs devant les écrans géants omniprésents dans les grandes capitales. Ah oui, j’ai oublié de préciser une chose : le récit se déroule dans un futur où seul un très petite partie des humains ont toujours accès à la nourriture que nous connaissons et à la richesse. Le reste de l’Humanité crève littéralement de faim et c’est à travers cette émission que les foules silencieuses et affamées peuvent encore rêver à des plats qu’ils n’ont plus l’occasion de consommer. Revenons à notre chef maintenant. On vient le chercher car les audiences de l’émission sont en chute libre et que surtout les gens qui gravitent autour de l’émission s’inquiètent de ne plus percevoir autant d’argent du programme en déclin. Argument supplémentaire et de poids, le contrat de Gavin précise qu’il doit participer à une dernière série d’émissions s’il veut toucher tous les droits d’auteurs que lui a permis d’engrangé l’émission. Bref, le retour est indispensable et Gavin va devoir enfiler de nouveau sa tenue de chef et reprendre le chemin des fourneaux s’il veut récupérer son argent.

Mais ce n’est pas qu’une histoire de gros sous que nous propose le scénario de Starve. Gavin a une fille, Angie et une ex-femme, Greer et le chef a aussi besoin de revenir pour tenter de reconquérir sa fille qu’il n’a pas vu depuis son exil en terre asiatique et sa disparition de la planète culinaire. Son ex, elle, a fait un trait sur lui et a surtout récupéré tout l’argent et les droits de production de Starve. Et elle n’entend pas laisser Gavin revenir pour chambouler cette vie de coq en pâte qu’elle s’est construite après la disparition du cuistot. On rajoutera bien entendu un ennemi cuisinier, Roman Algiers, ex-meilleur ami de Gavin, qui présente désormais Starve et qui ne va pas manquer de mettre des bâtons dans les roues à son ancien acolyte lors de son retour sur le petit écran.

Disons-le clairement, Starve met la gastronomie en avant mais reste une critique acerbe de la surmédiatisation que nous faisons aujourd’hui autour des grands shows télévisuels, où parfois (souvent?) l’audimat passe avant toute tentative de montrer la réalité telle qu’elle est. Brian Wood montre ici comment notre société dérive petit à petit vers une société où tout est mis en spectacle et à travers Starve, il nous place devant les contradictions bien connues de notre société actuelle. L’utilisation d’un futur proche où deux sociétés cohabitent, les Riches et les Pauvres, et où finalement la nourriture devient le moyen d’appartenir à une partie de la société qui ne connaîtra jamais ce que veut dire « mourir de faim. » Et il en rajoute une couche, à travers les épreuves qu’il propose à ses personnages en critiquant aussi notre surconsommation et la disparition des ressources naturelles de la surface de la Terre. Ce comics est une critique assez noire et violente des dérives de la société et fait écho à certains avis portés par des chefs comme Gilles Stassart dans ses réflexions sur les liens entre nourriture, cuisine et comportement sociétal.

Mais revenons à cette émission : Starve est donc un concours de cuisine façon télé-réalité. Chaque volume nous conte une épreuve que devra réussir Gavin pour accéder à la finale et ainsi récupérer ce qui lui revient de droit. Et là le dessin nerveux sert à merveille pour nous amener directement dans une ambiance de compétition et où les fourneaux et autres grills tournent à plein régime. Mais chaque volume pointe aussi un dysfonctionnement ou une dérive de ce monde utopique mis en place par Wood. On parle en vrac des animaux disparus (le thon rouge est devenu un aliment de contrebande plus cher que le diamant), du dressage et de la mise en scène des plats, mais également des aliments qui aujourd’hui nous paraissent immangeable mais qui peut-être deviendront acceptables dans le futur (on en parle du chien que devra cuisiner Gavin lors de la première épreuve?) C’est plein de rythmes, de rebondissements et de défis de plus en plus fous que nous servent les 3 auteurs de cette œuvre. On cuisine presque avec le chef pendant les épreuves, la tension des affrontements de brigades culinaires est bien rendue et on se prend à rêver de voir les brigades des chefs de l’émission Top Chef faire la même chose que Starve impose à Gavin et sa brigade : Prendre d’assaut (physiquement) un restaurant afin d’y concocter des plats en temps limité. Imaginer Michel Sarran et Philippe Etchebest armés (et dangereux) prendre d’assaut Trois-Gros ou Bocuse pour aller cuisiner un entremet pour 30 personnes avec seulement ce qu’ils trouveront sur place ! J’adore l’idée.

Cerise sur le gâteau : on a même droit à des recettes dans les volumes avec les explications de Gavin pour réaliser le plat. Et c’est étonnant ce que l’on nous propose : je passe rapidement sur le chien cité ci-dessus pour parler d’une autre épreuve : les chefs doivent abattre eux-même un porc puis cuisiner « de la tête à la queue » la bestiole. Gavin propose alors 3 plats : Gâteau de boudin aux œufs frits, je ne fais pas de dessin ici, on utilise le sang. Il fait suivre un cœur sucré où le muscle cardiaque de l’animal sera mariné dans une sauce soja, du porto, du sucre et de l’amidon, puis servit avec des légumes frits au gingembre. Enfin, le chef propose un Bortsch au porc pour utiliser de manière détournée les os et la moelle de l’animal. On en vient à se demander si Wood a inventé ça ou réellement testé les recettes lui-même avant de nous les proposer. On nous enseigne aussi comment cuisiner les calamars au bacon et à l’ail tout en gardant à l’esprit que même ces ingrédients qui nous paraissent peu onéreux et facilement trouvables seront peut-être dans le futur totalement hors de prix et/ou introuvables. J’avoue ne pas avoir eu encore le temps de tester les recettes sauf une : la sauce Cruikshank : une tuerie. Un oignon, un peu de beurre, deux cuillerées à soupe de sucre brun, quatre jus de citron. Rajouter trois cuillères à soupe de sauce Worcestershire, une demie-cuillère à soupe de moutarde et 250 ml de Ketchup. Ajouter alors un demi-verre d’eau ou de vin rouge. Une pure tuerie en accompagnement de vos viandes grillées au barbecue !

Je ne dévoile ici ni la fin de l’histoire, ni toutes les recettes car il faut vraiment que vous découvriez par vous-mêmes Starve. C’est un récit qui explore un grands nombres de thèmes importants dans la société actuelle et qui en plus à le mérite de parler de notre passion : la cuisine. Comme une bonne recette, Wood mélange de nombreux ingrédients comme l’amour et la haine, le désespoir et la misère sociale, les dérives des médias et le pouvoir de l’argent. J’aime aussi beaucoup la relation entre Gavin et Angie. Les dessins tirés au couteau (facile) viennent en appui pour rehausser encore le niveau de cette recette aux petits oignons que le scénariste propose ici. Et quoi de plus génial que d’avoir donné à une sauce le nom de son personnage principal. D’ailleurs, personnellement j’ai aussi une petite préparation dont je m’attribue la paternité et que j’adore présenté comme MA recette. Et vous, lecteurs et lectrices, avez-vous comme le chef Cruikshank une recette fétiche qui porte votre nom ? Nous serions curieux sur le Blog de savoir si tel est le cas. N’hésitez pas à les partager avec nous en laissant un commentaire sous cet article. Et lisez Starve !

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